par Laurianne Chignard
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27 mars 2026
L’axe intestin-cerveau suscite beaucoup d’intérêt… mais aussi parfois des incompréhensions. En consultation, j’entends encore souvent cette phrase : “on m’a dit que c’était dans ma tête”. Derrière ces mots, il y a souvent un sentiment d’invalidation, voire de découragement. Je tiens à être très claire : oui, les émotions peuvent influencer le fonctionnement digestif. Mais non, cela ne signifie absolument pas que les symptômes sont “imaginaires”. Le ressenti est réel, les mécanismes sont biologiques, et la prise en charge mérite d’être sérieuse et globale. Un dialogue permanent entre intestin et cerveau L’intestin et le cerveau sont en communication constante. Ce dialogue repose notamment sur le système nerveux, les hormones et le système immunitaire. Ainsi, une période de stress, d’anxiété ou de surcharge mentale peut modifier la motricité intestinale, la sensibilité digestive ou encore les sécrétions digestives. Cela peut se traduire par des douleurs, des ballonnements, des troubles du transit ou une sensation d’inconfort diffus. Dans ce contexte, dire que “c’est psychologique” est à la fois vrai… et très incomplet. Ce que j’observe en pratique, c’est que l’origine peut être émotionnelle, mais les conséquences, elles, sont bien physiques. Autrement dit, vous ne “fabriquez” pas vos symptômes : votre corps réagit. Quand le psychisme impacte réellement l’intestin Le stress chronique, par exemple, peut entraîner une hyperactivation du système nerveux, ce qui perturbe directement le fonctionnement digestif. On observe notamment une hypersensibilité intestinale, des troubles du transit et parfois une altération de la barrière intestinale. Ces phénomènes sont aujourd’hui bien décrits dans la littérature scientifique et expliquent pourquoi certains troubles digestifs existent sans lésion visible. Cela ne rend pas ces troubles “moins vrais”. Au contraire, cela montre que le corps et le cerveau sont intimement liés. Le microbiote : un acteur clé… aussi pour le mental Depuis quelques années, les recherches sur le microbiote intestinal ouvrent des perspectives très intéressantes. Certaines bactéries intestinales participent directement ou indirectement à la production de sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’humeur, du sommeil et de l’anxiété. On estime d’ailleurs qu’une grande partie de la sérotonine de l’organisme est produite au niveau intestinal. Plus encore, certaines études montrent que les métabolites produits par le microbiote (comme les acides gras à chaîne courte) peuvent moduler le système sérotoninergique intestinal et influencer des fonctions à la fois digestives et neurologiques. Cela signifie que l’état de votre microbiote peut avoir un impact, indirect mais réel, sur votre équilibre psychique. Une relation dans les deux sens Ce qui est essentiel à comprendre, c’est que la relation intestin-cerveau fonctionne dans les deux sens. Le stress peut perturber l’intestin. Mais l’état de l’intestin peut aussi influencer le mental. La sérotonine apparaît d’ailleurs comme un médiateur central dans cette communication entre microbiote, intestin et cerveau. On commence même à explorer des pistes thérapeutiques autour du microbiote pour améliorer certains troubles digestifs… mais aussi certains troubles de l’humeur. Ces résultats restent encore en construction, mais ils ouvrent des perspectives très concrètes. L’alimentation comme point d’appui Dans cette approche, l’alimentation reste un levier majeur. Elle permet de soutenir la diversité du microbiote, de favoriser la production de métabolites bénéfiques et de participer à la régulation de l’inflammation. Je veille toujours à proposer des ajustements progressifs, sans rigidité excessive. L’objectif est d’apaiser, pas de contraindre davantage. Une approche plus juste et plus rassurante Comprendre l’axe intestin-cerveau permet souvent de changer de regard sur ses symptômes. Non, ce n’est pas “juste dans la tête”. Oui, le psychisme peut être un point de départ… mais les répercussions sont bien physiques. Et inversement, agir sur l’intestin peut aussi contribuer à améliorer le bien-être global. Ce que je souhaite que vous reteniez Les troubles digestifs sont souvent multifactoriels. Ils ne relèvent ni uniquement du corps, ni uniquement du mental. C’est précisément cette interaction qui les rend parfois complexes… mais aussi accessibles à une prise en charge globale, progressive et personnalisée. Pour aller plus loin (études scientifiques) Si vous souhaitez approfondir, voici quelques publications accessibles qui explorent le lien entre microbiote intestinal et sérotonine : Serotonin and the gut microbiome: pathways and health implications Gut microbiota-derived metabolites regulate serotonin system Crosstalk between serotonin and the microbiota–gut–brain axis Ces travaux montrent notamment que le microbiote peut moduler la production et l’activité de la sérotonine, renforçant l’idée d’un dialogue étroit entre intestin et cerveau.